Changement climatique : pourquoi les médias doivent renforcer leur couverture au Sénégal

Seulement 0,40 % des 3 283 contenus éditoriaux analysés par Teranga Lab et Africa Climate Insights entre le 11 et le 31 août 2025 étaient consacrés aux énergies renouvelables. Un chiffre présenté dans les documents de cadrage d’un atelier organisé à Dakar qui pose la question de la place du climat dans l’agenda médiatique.

Les changements climatiques produisent déjà des effets visibles au Sénégal : fortes chaleurs, sécheresses, inondations, érosion côtière, pression sur les ressources en eau et vulnérabilité des activités agricoles, pastorales et halieutiques. Pourtant, les questions climatiques et énergétiques restent souvent moins présentes dans les médias que les sujets politiques, judiciaires, économiques ou sportifs. C’est précisément pour répondre à cette situation qu’un atelier de renforcement des capacités des journalistes s’est tenu les 12 et 13 août 2026 à Dakar.

Un déficit de couverture identifié

Selon les termes de référence de l’atelier, l’analyse menée par Teranga Lab en partenariat avec Africa Climate Insights sur 3 283 contenus médiatiques publiés entre le 11 et le 31 août 2025 révèle que les sujets consacrés aux énergies renouvelables ne représentaient que 0,40 % des contenus étudiés.

Pour les organisateurs, cette situation révèle la nécessité de renforcer les capacités des professionnels des médias sur des sujets devenus de plus en plus complexes. Le changement climatique ne relève plus uniquement de l’environnement. Il touche également l’économie, la santé, l’agriculture, la pêche, l’énergie, les infrastructures, l’emploi et les finances publiques.

Comprendre avant de raconter

La première journée de formation a notamment porté sur les concepts et politiques climatiques et énergétiques au Sénégal.

Parmi les thèmes abordés figuraient le changement climatique, la transition énergétique, le financement climatique, les politiques nationales, la CDN, le PNA et le JETP.

La deuxième séance a approfondi la dimension économique de la transition.

L’objectif est de permettre aux journalistes de mieux relier les données climatiques aux réalités vécues par les populations.

Une inondation, par exemple, ne représente pas uniquement un phénomène météorologique. Elle peut provoquer des pertes matérielles, interrompre une activité économique, perturber la scolarité, endommager des infrastructures et augmenter les dépenses publiques.

De l’environnement à l’économie

Cette approche transforme la manière de traiter l’information climatique.

Le journaliste peut partir d’une question simple : combien coûte le changement climatique à un territoire ? Il peut ensuite examiner les pertes de revenus, les dommages aux infrastructures, les coûts de réparation, les effets sur l’emploi et les conséquences sociales.

La même démarche peut être appliquée à l’énergie.
Quel est le coût de l’électricité ? Est-elle disponible en permanence ? Les ménages peuvent-ils réellement y accéder ? Les entreprises peuvent-elles produire dans de bonnes conditions ? Les zones rurales bénéficient-elles des mêmes opportunités que les grandes villes ? Ces questions permettent de transformer une donnée technique en véritable sujet de société.

La finance climatique sous surveillance

La finance climatique constitue un autre champ d’investigation.

Les financements destinés à l’adaptation et à l’atténuation peuvent provenir de sources publiques, privées ou internationales. Mais l’annonce d’un financement ne suffit pas à mesurer son impact.

Les médias peuvent chercher à savoir où va l’argent, quels projets sont financés, qui les met en œuvre, quels territoires en bénéficient et quels résultats sont obtenus. Cette fonction de suivi est particulièrement importante dans un contexte où le Sénégal dispose déjà de plusieurs cadres stratégiques et politiques climatiques.

Donner la parole aux territoires

L’un des messages forts de la formation est également de replacer les territoires au centre du récit.

Les conséquences du changement climatique ne sont pas identiques partout.

Dans les zones rurales, les enjeux peuvent concerner l’agriculture, l’élevage, l’accès à l’eau ou l’énergie.

Dans les zones côtières, l’érosion, la submersion marine, la pêche et les infrastructures peuvent constituer des priorités.

Dans les villes, les questions de mobilité, d’inondations, de congestion, de logement et d’efficacité énergétique prennent une importance particulière.

Le journaliste peut ainsi choisir un territoire, identifier un problème, mesurer son ampleur, rechercher les réponses apportées et vérifier leurs résultats.

Une transition juste et inclusive

La dimension sociale reste incontournable.

Les femmes, les jeunes, les travailleurs et les populations vulnérables peuvent être particulièrement exposés aux effets du changement climatique ou aux conséquences des transformations économiques. Une transition énergétique réussie ne peut donc pas se limiter à installer des équipements renouvelables. Elle doit également créer des opportunités économiques, développer les compétences, favoriser l’accès aux financements et veiller à une répartition équitable des coûts et des bénéfices.

Les médias face à une nouvelle responsabilité

Pour les organisateurs de l’atelier, les journalistes ont un rôle stratégique à jouer : comprendre, questionner, donner une voix aux territoires et suivre la mise en œuvre des politiques.

La couverture médiatique doit notamment permettre de passer des engagements aux résultats.

Dans cette perspective, le journaliste ne doit pas seulement demander « combien ? », mais aussi « par rapport à quoi, pour qui, à quel coût, avec quelle source et avec quels résultats ? » C’est cette méthode qui peut contribuer à rendre les enjeux climatiques et énergétiques plus accessibles au public. Au Sénégal, où la transition énergétique se déroule parallèlement au développement des hydrocarbures et à la recherche d’une croissance plus résilient, le défi pour les médias est désormais de raconter cette transformation avec rigueur, indépendance et proximité avec les populations.

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